Newsletter de février 2026

Quand la volonté du patient devient inconfortable

Il y a ce que dit la loi.
Et puis il y a ce qui se passe, concrètement, au lit du patient.

Ces derniers temps, je suis présente auprès de ma maman.
Non seulement comme fille, mais aussi avec mon regard d’accompagnante du deuil.

Et ce que j’observe, je le retrouve malheureusement trop souvent après, dans les récits des familles que j’accompagne.

Des traitements poursuivis alors que leur bénéfice clinique est faible.
Des médicaments administrés non pilés, malgré des troubles de la déglutition connus, exposant à un risque évitable de fausse route.
Des soins maintenus par prudence, par habitude, ou par crainte…
alors même que les directives anticipées du patient sont claires et connues.

Ce n’est pas une question d’intention.
Les équipes font au mieux, dans un contexte contraint, sous pression.

Mais il y a un point fondamental que l’on ne peut pas évacuer :
linconfort nest ni un critère médical, ni une exception légale.

En France, le cadre est pourtant explicite.
Les directives anticipées, prévues par la loi, simposent aux médecins, sauf situations très précises :
urgence vitale immédiate ou inadaptation manifeste à la situation médicale,
cette dernière devant être argumentée, discutée en collégialité et tracée par écrit.

Quand ce cadre n’est pas posé, les conséquences dépassent largement l’instant médical.

Je le constate dans mon travail :
des proches qui, des mois plus tard, reviennent encore et encore sur ce moment précis.
Pas seulement sur la perte.
Mais sur le sentiment que la volonté de leur proche na pas été respectée.

Et cela laisse des traces profondes dans le deuil.

Respecter les directives anticipées, ce n’est pas “abandonner”.
Ce n’est pas “ne plus soigner”.
C’est soigner autrement, dans le respect de la personne, de ses valeurs et de ses limites.

C’est aussi protéger :
– les proches
– les équipes
– et la relation de confiance, déjà fragile, entre les familles et les institutions de soin.

Si je partage cela aujourd’hui, ce n’est pas pour accuser.
C’est pour ouvrir un espace de réflexion, là où le silence crée trop souvent des souffrances évitables.

Et parce que ce qui se joue à l’hôpital ne sarrête pas à la sortie.

Les décisions médicales vécues comme incohérentes, violentes ou incomprises
s’invitent ensuite dans la vie professionnelle :
arrêts de travail prolongés, épuisement, perte de repères, difficultés de reprise, sentiment d’isolement.

C’est aussi de cela que je parlerai désormais :
du deuil en entreprise.
De ce que vivent réellement les salariés endeuillés.
De ce que les organisations sous-estiment encore.
Et de ce qui peut être mis en place, concrètement, pour éviter d’ajouter de la violence au silence.

Parce que le deuil n’est pas qu’une affaire intime.
C’est un enjeu humain, collectif et organisationnel.

Prenez soin de vous,

Sylvie
Accompagnante du deuil – hypnothérapeute
Au contact des familles, avant, pendant et après la perte


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