Ce que les hirondelles m’ont appris sur l’art de construire un projet solide
On me dit souvent que je vais trop vite.
Le cerveau à 3000 tours minute. Une idée en entraîne une autre. Je connecte, j’anticipe, je construis pendant que d’autres terminent à peine la première phrase. Longtemps, j’ai cru que cela voulait dire une chose : je ne connais pas la patience.
Et puis il y a les hirondelles.
Depuis le décès de Jordi, elles reviennent chaque printemps sur la terrasse. Elles ont fait leur nid ici, comme un rendez-vous silencieux avec le temps. Cette année encore, la première est arrivée en éclaireuse. Quinze jours seule. À surveiller. À observer. Posée au bord du nid comme pour annoncer : « C’est chez moi. »
Puis la seconde est revenue.
Je les regarde souvent. Leur rapidité fascine. Elles traversent le ciel à toute allure, changent de direction en une seconde, semblent toujours pressées. Et pourtant… elles sont patientes, elles savent attendre.
Rapide ne veut pas dire impatient
Elles reviennent saison après saison. Elles consolident. Elles recommencent. Petites boulettes de boue par petites boulettes de boue. Sans bruit. Sans fanfare. Sans se plaindre du temps que cela prend.
Et c’est là que j’ai compris quelque chose de précieux : la vitesse n’exclut pas la patience.
Certaines personnes sont lentes et impatientes. Elles veulent des résultats immédiats sans effort durable.
D’autres pensent vite, ressentent fort, sont pleines d’élans, de visions… mais savent tenir un cap longtemps.
Je fais partie de celles-là.
Cela m’a presque arraché de le reconnaître.
Moi, patiente ?
Mon mari et mon fils riraient probablement en lisant ça. Moi aussi, il y a encore peu.
Deux ans pour bâtir un projet utile
Début 2024, je monte à Paris pour une formation avec L. Bertin et JP Chaudot. Ils me disent de rêver grand. Très grand. Fin 2024, en formation avec C. Elsener , elle me dit pareil que les 2 précédents. Septembre 2025, j’intègre Bête de Marketing avec P. Motheron, parce que j’ai besoin d’avoir encore un coup de pied au popotin. Pendant ce temps, mon/ mes projets prennent vie.
Avec un cerveau au kérosène, rêver grand n’a jamais été le problème.
Le vrai sujet, c’était autre chose : ne pas confondre rêve flou et désir profond. Transformer une vison en mission réelle.
Alors j’ai travaillé, construit.
Deux ans.
Deux ans à creuser. Deux ans à clarifier. Deux ans à distinguer ce que je voulais vraiment de ce que j’aurais seulement aimé imaginer. Deux ans à structurer un projet utile, solide, défendable. Deux ans à transformer mes vécus du deuil, de la fin de vie et des manques institutionnels en projet concret.
Un projet né de la vie réelle. Du deuil. Des injustices observées. Des familles laissées seules. Des silences autour de la fin de vie. Des personnes qui auraient eu besoin d’être accompagnées plus tôt.
Créer autour de l’anticipation pour apaiser : mieux accompagner les familles, ouvrir le dialogue sur la fin de vie, aider institutions, entreprises et décideurs à ne plus agir uniquement dans l’urgence.
C’est ça que je souhaite mettre en place.
Un projet pensé pour dialoguer avec les institutions, les décideurs publics, les parlementaires, les entreprises, les acteurs de santé. Un projet qui cherche à faire bouger les lignes avant que l’urgence n’écrase tout.
Aujourd’hui, il est envoyé à plusieurs instances.
Et maintenant commence la phase la plus difficile pour les profils comme le mien : l’attente.
Car quand on sait agir, patienter paraît parfois insupportable.
Mais c’est faux de croire que l’attente est vide.
L’attente fait partie de l’œuvre.
L’hirondelle le sait mieux que nous.
Elle construit, puis elle laisse le temps agir. Elle revient, observe, ajuste, protège. Elle ne gratte pas la terre toutes les heures pour vérifier si ça pousse.
Alors oui, il faudra peut-être des mois avant une réponse. Peut-être plus. Je ne sais pas.
Mais ce que je sais, c’est ceci :
Le projet existe. Il circule. Il a quitté le nid.
Et parfois, la patience n’est pas l’opposé de l’action.
C’est l’étape suivante.
Si vous aussi vous avez l’impression d’aller trop vite, de penser trop fort, de vouloir trop intensément… demandez-vous simplement :
Et vous, quel projet êtes-vous en train de couver avec cette impatience créatrice ? Partagez-en un bout en commentaire, ou parlons-en si vous traversez cette phase d’attente. Je serais ravie de vous lire, de partager avec vous mon point de vue parce que je suis persuadée qu’à plusieurs , on est plus fort.
Parfois, les personnes les plus remuantes sont aussi celles qui savent tenir le plus longtemps.
Comme les hirondelles.



