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Quand un objet réveille un souvenir : ce que le deuil nous apprend sur la mémoire

Il y a parfois des choses toutes simples qui nous ramènent brutalement à un moment de notre vie.
Une odeur. Un lieu. Un objet.


Dans le deuil, ces déclencheurs sont fréquents. Et souvent inattendus.


Un jour, nous avons changé un matelas à la maison. Rien d’extraordinaire. Un geste du quotidien. Presque banal.


Mais ce matelas n’était pas un matelas comme les autres.
C’était celui de mon fils.


Sans vraiment réfléchir, nous avons décidé de le mettre sur notre lit. Le geste s’est fait presque automatiquement, dans un silence un peu étrange. Un silence monacal.


Je ne sais pas ce que mon mari a pensé à ce moment-là.
Mais moi, je savais exactement ce qui traversait mon esprit.


La première nuit où j’ai dormi dessus, tout est revenu.


Les images.
Les sensations.
Les conversations.


Parce que ce matelas était lié à une nuit particulière : la nuit du décès.


Ce soir-là, on a  pris la décision de dormir dans sa chambre, dans son lit.


Bien sûr, on n’a  presque pas dormi.


On a  parlé. Beaucoup parlé.
De ce que l’on va  devenir.
De la manière dont on allait continuer.
De ce que serait la suite.


Puis, comme souvent après un choc, le mode automatique s’est mis en route. La vie a repris son cours. Lentement. Par petits mouvements.


Et les souvenirs se sont rangés quelque part dans le cerveau.


Jusqu’à cette nuit.

 

Pourquoi un simple objet peut réveiller un souvenir entier ?


Ce phénomène n’a rien d’étrange. Il est bien documenté en neurosciences.


Notre cerveau fonctionne par association.


Quand nous vivons un événement marquant, le cerveau ne mémorise pas seulement le fait lui-même. Il enregistre aussi tout le contexte sensoriel :


•les odeurs
•les objets présents
•les sensations corporelles
•le lieu
•la lumière
•les émotions


Deux structures cérébrales jouent un rôle central dans ce processus.

 


L’hippocampe : l’archiviste des souvenirs


L’hippocampe est une structure du cerveau située dans le lobe temporal. Il est responsable de la mémoire épisodique, c’est-à-dire la mémoire des événements de notre vie.


C’est lui qui permet de reconstruire une scène complète : le moment, les personnes présentes, le lieu, la situation.


Quand un élément du décor réapparaît – comme un matelas, une odeur ou une musique – l’hippocampe peut réactiver toute la scène.

 


L’amygdale : le marqueur émotionnel


L’amygdale cérébrale est impliquée dans le traitement des émotions, en particulier les émotions fortes comme la peur, la tristesse ou le choc.


Quand un événement est chargé émotionnellement – comme un décès – l’amygdale renforce l’empreinte du souvenir. Elle dit en quelque sorte au cerveau :


« Ce moment est important. Garde-le en mémoire. »


C’est pour cela que certains souvenirs restent extrêmement précis même des années plus tard.


Des travaux de neurosciences ont montré que les souvenirs associés à une forte charge émotionnelle sont plus durables et plus facilement réactivés (McGaugh, 2013, Nature Reviews Neuroscience).

 

Le deuil et la mémoire : quand le passé revient dans le présent


Dans le deuil, ces réactivations sont fréquentes.


Un vêtement.
Un parfum.
Une chanson.
Une pièce de la maison.


Ces éléments agissent comme des clés qui ouvrent une porte vers le passé.


Pendant longtemps, beaucoup de personnes endeuillées évitent ces déclencheurs. Non pas par faiblesse, mais parce que l’intensité émotionnelle peut être trop forte.


Mais parfois, il se passe autre chose.


Le souvenir revient… mais il se transforme.

 

La reconsolidation de la mémoire : quand un souvenir se modifie


Depuis les années 2000, les neurosciences ont mis en évidence un phénomène appelé reconsolidation de la mémoire.


Lorsqu’un souvenir est réactivé, il devient temporairement malléable. Pendant un court laps de temps, le cerveau peut le modifier, l’actualiser et l’intégrer à de nouvelles expériences.


Autrement dit, le souvenir n’est pas une photographie figée.
C’est un processus vivant.


Lorsque le matelas est revenu dans notre chambre, il a réactivé la mémoire de cette nuit.


Mais aujourd’hui, je ne suis plus la personne que j’étais ce soir-là.


La scène reste la même.
Mais l’émotion qui l’accompagne peut évoluer.


C’est ce que les chercheurs appellent la reconsolidation mnésique (2009, Nature Reviews Neuroscience).


Le cerveau réécrit partiellement le souvenir à la lumière du présent.

 

Quand l’objet ne fait plus seulement mal


Ce qui m’a frappée, ce n’est pas seulement le retour des images.


C’est ce qui s’est passé ensuite.


Cela fait maintenant plusieurs nuits que je dors profondément.


Comme si ce matelas n’était plus uniquement associé à la nuit du choc, mais aussi à quelque chose de différent : une forme de présence, d’apaisement.


Dans le deuil, le lien avec la personne disparue ne disparaît pas. Il se transforme.


Certains objets deviennent alors des ponts entre le passé et le présent.


Pas pour rester figé dans la douleur.
Mais pour continuer à faire une place à l’amour.

 

Le deuil n’efface pas les souvenirs. Il les transforme.


On parle souvent du deuil comme d’un processus qui consiste à « tourner la page ».


En réalité, le cerveau fonctionne autrement.


Les souvenirs restent.
Les traces restent.
Les objets restent.


Mais le sens que nous leur donnons peut évoluer.


Et parfois, un geste simple – changer un matelas – suffit à nous rappeler que la mémoire, comme le deuil, n’est pas immobile.


Elle continue de bouger avec nous.


SOURCES 

Revue scientifique française en neurosciences.
•Lesburguères, E. & Bontempi, B. (2011)
Mécanismes de consolidation de la mémoire
Revue Médecine/Sciences (Inserm / CNRS)
Lien :
https://www.medecinesciences.org/en/articles/medsci/full_html/2011/10/medsci20112712p1048/medsci20112712p1048.html

2. Explications francophones sur l’hippocampe et l’amygdale
Source pédagogique en neurosciences.
Rôle résumé :
•l’hippocampe encode les faits et le contexte d’un souvenir
•l’amygdale encode l’intensité émotionnelle associée à l’événement
Plus l’émotion est forte, plus la mémoire sera durable.
Source :
https://www.reconsolidationtherapy.com/therapie-reconsolidation/

3. Source médicale francophone sur la mémoire émotionnelle
Explications détaillées par une médecin spécialiste du psychotraumatisme.
•Dr Muriel Salmona
Mémoire Traumatique et Victimologie
Elle explique que l’amygdale transmet les informations émotionnelles à l’hippocampe pour les intégrer dans la mémoire autobiographique.
Lien :
https://www.memoiretraumatique.org

4. Explications francophones sur la reconsolidation de la mémoire
Concept utilisé dans plusieurs approches thérapeutiques.
Quand un souvenir est réactivé, il devient temporairement malléable avant d’être restabilisé. Pendant cette phase, sa charge émotionnelle peut évoluer.
Source :
https://www.auto-traitement-emdr.fr/s-informer/reconsolidation-de-la-memoire

Il y a aussi 
Alain Berthoz
Neurophysiologiste, Collège de France
Livre :
La Décision – Odile Jacob
Il explique comment les émotions et les expériences passées structurent nos souvenirs et influencent nos réactions.

 


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