J'ai failli tout arrêter.
Puis le décès de ma mère m'a montré que je n'avais pas terminé.
Pendant plusieurs mois, j'ai sérieusement envisagé d'arrêter.
Arrêter le cabinet. Arrêter les accompagnements. Arrêter de parler du deuil.
Parce qu'à force d'être aux côtés de celles et ceux qui traversent l'impensable, on finit parfois par porter un poids immense.
Je voyais des familles épuisées. Des personnes perdues. Des proches qui devaient apprendre à survivre alors qu'ils n'avaient même pas encore réalisé que quelqu'un ne rentrerait plus à la maison.
Je les accompagnais du mieux que je pouvais.
Mais une question revenait sans cesse.
Pourquoi faut-il attendre qu'un drame arrive pour commencer à accompagner ?
Cette question est restée longtemps sans réponse.
Puis ma mère est décédée.
Comme tout le monde, j'ai ressenti le manque. L'absence. Le vide.
Rien ne prépare à perdre sa mère.
Mais, contrairement à ce que j'avais vécu auparavant et à ce que j'observe quotidiennement chez les familles que j'accompagne, quelque chose était profondément différent.
Nous avions anticipé. Nous avions osé parler de ce sujet que beaucoup repoussent. Nous savions ce qu'elle souhaitait. Nous savions aussi ce qu'elle refusait.
Ses volontés n'étaient pas des suppositions. Elles étaient connues.
Et cela a tout changé.
Je ne suis pas arrivée aux pompes funèbres en mode pilotage automatique, obligée de répondre en quelques minutes à des dizaines de questions auxquelles personne ne devrait avoir à réfléchir dans un moment pareil.
Je n'ai pas eu à me demander : « Qu’est-ce qu’elle aurait voulu ? » Je le savais.
Je n'ai pas eu à culpabiliser de prendre une décision qui n'aurait peut-être pas été la sienne. Je n'ai pas eu à arbitrer entre plusieurs possibilités en ayant peur de me tromper.
Ses choix avaient déjà été exprimés. Il ne nous restait plus qu'à les respecter.
Et cela est un cadeau immense.
Le chagrin, lui, était toujours là. On ne prépare jamais son cœur à perdre quelqu'un.
Mais nous avons été libérés d'un poids considérable : celui de devoir décider à sa place.
Une autre différence m'a frappée.
Toutes les démarches administratives ont été réalisées en moins de deux mois.
Pas parce que j'étais plus forte. Pas parce que le décès était plus simple.
Mais parce que beaucoup de choses avaient été préparées en amont.
Les informations étaient accessibles. Les documents existaient. Les volontés étaient claires.
Nous n'avons pas perdu des semaines à chercher. Nous n'avons pas découvert des situations inconnues. Nous n'avons pas ajouté du désordre à une période déjà suffisamment douloureuse.
Cette expérience a profondément transformé ma façon de voir mon métier. Pendant des années, j'ai accompagné les personnes après un décès.
Aujourd'hui, je comprends que mon rôle peut commencer bien avant.
Parce qu'anticiper n'est pas porter malheur.
Anticiper, c'est aimer.
C'est protéger ceux qui resteront. C'est leur éviter des décisions impossibles. C'est leur offrir un peu d'air quand ils auront déjà le souffle coupé par l'absence.
Je veux désormais accompagner les familles avant qu'elles n'aient besoin de moi dans l'urgence.
Les aider à préparer les documents essentiels.
À réfléchir à leurs volontés. À transmettre ce qui compte vraiment. À laisser moins de questions derrière elles.
Et je veux aussi continuer à accompagner ce dont personne ne parle.
Le deuil administratif.
Celui qui commence une fois les obsèques terminées. Quand tout le monde reprend sa vie. Quand les appels cessent. Quand les fleurs fanent.
Et qu'il reste les banques. Les assurances. Les caisses de retraite. Les impôts. Les contrats. Les successions. Les courriers. Les relances. Les formulaires. Les erreurs administratives.
Pendant des mois. Parfois des années.
On parle souvent des cinq étapes ou sept étapes du deuil selon les psys.
Beaucoup moins que des centaines de démarches qui viennent s'y ajouter.
Pourtant, elles épuisent les familles. Elles retardent parfois leur capacité à souffler. Elles les maintiennent dans un lien permanent avec le décès. Je ne veux plus seulement accompagner la souffrance émotionnelle. Je veux aussi alléger cette charge invisible.
Aider à préparer. Aider à organiser. Aider à comprendre. Aider à faire.
Parce que ces gestes très concrets sont aussi une façon de prendre soin des vivants.
Finalement, je n'avais pas envie d'abandonner mon métier.
J'avais besoin qu'il évolue.
Le décès de ma mère ne m'a pas éloignée de ma mission. Il l'a rendue plus vaste. Plus cohérente. Plus utile encore.
Aujourd'hui, je ne souhaite plus seulement accompagner les personnes endeuillées.
Je veux accompagner les familles avant, pendant et après les grandes traversées de la vie.
Parce qu'on ne choisit pas de perdre ceux qu'on aime. En revanche, on peut parfois choisir de leur laisser un chemin un peu moins lourd à parcourir.
Je n'accompagne plus seulement le deuil. J'accompagne les familles avant, pendant et après les grandes traversées de la vie, pour que personne n'ait à porter seul ce qui peut être partagé.
Plusieurs formules possible , vous pouvez me contacter pour de plus amples renseignements.



